Comment Gérer Ses émotions Et En Faire Des Alliées Lors D’une Prise De Parole En Public…

    Je gère mon porte-monnaie, je gère mon temps, je gère ma maison…. Mais doit-on gérer ses émotions ?
    Il y a des bénéfices incontestables à ne pas être dans le contrôle total de ses émotions lors d’une prise de parole.
    Rester ouvert et perméable aux autres, sentir et ressentir les pulsations de son auditoire, c’est la garantie de rester en prise directe avec les enjeux du moment.

    Une demande récurrente d’accompagnement : « gérer » ses émotions

    Les personnes que j’accompagne viennent souvent me consulter afin de se sentir plus à l’aise dans leur prise de parole et dans leur communication verbale. J’aime entrer en relation et en connexion avec elles,  recevoir et écouter ce qu’elles ont à me dire.

    Depuis que j’exerce le métier de coach et formatrice en prise de parole en public et communication verbale, une demande me touche particulièrement car elle est récurrente et tellement révélatrice de ce que l’on peut s’infliger : vouloir « gérer » ses émotions. L’expression même a quelque chose de paradoxal. Comment peut-on en effet associer ce terme comptable et financier à ce qui nous caractérise en tant qu’être humain ? Émotion vient du latin « motio » qui signifie « action de mouvoir, mouvement ». On pourrait la définir comme un mouvement qui vient de l’intérieur (quelque chose en nous est mue), provoqué par un événement extérieur (une situation, un contexte, une personne en particulier…). Ce « mouvement intérieur » n’est-il pas inéluctable ? 

    Comment vouloir se débarrasser de ce qui nous traverse parfois intensément ? Pourquoi et pour quoi faire ?

    Je comprends bien évidemment l’enjeu que peuvent avoir certaines prises de parole. Je comprends qu’être traversé(e) par la peur, l’angoisse, le doute… ne soit pas confortable et puisse être perturbant. J’ai personnellement expérimenté ce genre de situations. Je comprends également que l’on souhaite se lancer des défis, se donner des buts à atteindre, se « challenger ». Faire les choses bien. C’est sain et cela fait avancer. Toute action provoque ou déclenche des émotions, et la prise de parole ne fait pas exception. Pourtant ce sont ces émotions qui peuvent faire la différence et nous rendre accessibles, communicants, sincères.

    Il s’agit donc moins de « gérer » ses émotions, que des les accueillir, de les accepter, de les constater, de faire avec ce qu’elles sont, de les voir avec bienveillance et respect. Il s’agit de les ressentir pleinement et de ne pas vouloir les contrer à tout prix. J’entends déjà vos remarques. Facile à dire ! Concrètement comment fait-on ? Vous vous voyez déjà en pleine réunion ou en plein colloque, en pleine conférence ou en plein oral d’examen, en entretien de recrutement ou avec des clients ou des prospects importants. Vous vous sentez mal à l’aise, ne sachant pas par où commencer, la peur au ventre, intimidé(e) et peu confiant(e). C’est parfaitement normal. Une prise de parole n’est jamais anodine. Il y a toujours un enjeu, ne serait-ce que celui que l’on se met à soi-même.

    Des solutions pour gagner en bienveillance et en assurance face à ses émotions

    La première étape consiste à identifier ses émotions sans porter de jugement sur elles, en évitant de leur donner trop de pouvoir ou un sens erroné. Il s’agit d’instaurer dans sa vie quotidienne un socle solide sur lequel s’appuyer pour bien vivre les moments où nous sommes plus vulnérables. Voici dans ce qui suit ce que je propose à mes clients et que j’ai moi-même expérimenté.

    La méditation pour accueillir ses émotions lors d’une prise de parole en public

    C’est une pratique qui m’est chère et que je trouve particulièrement puissante. Elle permet de se mettre en situation de présence à soi et de réaliser que l’on peut se donner des moments où il n’y a rien à réussir, rien à atteindre. Car c’est bien de cela dont beaucoup souffrent : se mettre systématiquement en posture de performance et d’injonction de réussite. Parmi les bienfaits de la méditation, il y a également l’apprentissage qu’une pensée n’est qu’une pensée. En effet, nul n’est besoin de s’identifier à elle. Par exemple « je suis nul(le), je ne vais pas y arriver, je ne sais pas faire… » ne sont que des pensées. Les vôtres, celles que vous vous imposez. En avez-vous des preuves formelles et concrètes ? Est-ce la vérité ? Se poser ces questions, c’est déjà faire un point sur ses émotions et commencer le chemin d’une acceptation différente de soi.

    Méditer, aide à voir les émotions qui nous étreignent sans vouloir les faire disparaître ou les interpréter négativement. C’est apprendre à ne pas les fuir mais à les (re)considérer. Au moment d’une prise de parole, sentir vos émotions, les accepter, ne pas lutter contre, leur sourire… vous permet de vous recentrer sur ce que vous êtes et à profiter plus pleinement des personnes à qui vous vous adressez. Prendre la parole c’est avant tout vous centrer sur votre « public ». Apprivoiser vos émotions vous permettra de gagner en authenticité et en vérité. Voir la page « méditations ».

    L’écoute généreuse pour centrer son attention sur les autres lors d’une prise de parole en public

    L’une des raisons qui font que certaines personnes ne se sentent pas à l’aise avec leurs émotions lors d’une prise de parole, est qu’elles sont focalisées sur leur stress. A ce moment, elles ne sont pas dans l’écoute bienveillante ni d’elle-même, ni des autres. L’écoute généreuse consiste entre autre à entendre pleinement ce que vos interlocuteurs vous disent. Ne pas anticiper leur fin de  phrase, ne pas leur couper la parole, ne pas rebondir systématiquement sur ce qui est dit pour parler de vous, ne pas les contrer à priori, ne pas vouloir leur imposer votre point de vue… Vous pouvez vous entraîner dans votre quotidien, même hors contexte d’une prise de parole formelle, cela vous aidera à vous mettre dans une posture d’écoute de vos sensations et de vos émotions et entretiendra cette habitude à prendre le temps d’accueillir ce qui se passe en vous, dans votre corps, dans votre tête. Vous pourrez mettre à profit cette nouvelle « compétence » pour rentrer plus facilement en relation avec votre auditoire et  vivre plus sereinement les émotions qui vous traversent. Vous aurez pris l’habitude de les constater, de les laisser être sans qu’elles vous perturbent ou vous déstabilisent.

    La visualisation anticipée pour se voir en posture de réussite lors d’une prise de parole en public : l’effet « DROP »

    Cette technique permet d’éduquer votre cerveau à vous « voir » réussir. Elle fait partie du panel de la « pensée positive ». Par pensée positive, je ne cautionne pas ce qui peut être publié de manière très vulgarisée et très caricaturale dans bon nombre d’ouvrages. Je suis beaucoup plus sensible à l’approche de Yves-Alexandre Thalmann et de son livre « Pensée positive 2.0 la loi de l’attraction enfin expliquée ».  Son concept de « DROP » lui-même traduit du « WOOP » anglais de Gabriele Oettingen, professeur de psychologie à New-York est très intéressant.

    De quoi s’agit-il ? « WOOP » est l’acronyme de Wish, Outcome, Obstacle, Plan, traduit en français par « DROP » : Désir, Résultat, Obstacles, Plan d’action.

    Il s’agit de penser à l’objectif que l’on souhaite atteindre, son Désir : se sentir confiant et à l’aise lors d’une prise de parole.

    Puis de penser à ce que cela signifie concrètement en terme de Résultat : parler correctement, se sentir légitime, avoir les idées bien en place, se faire comprendre.

    Il s’agit ensuite de penser aux Obstacles que l’on pourrait rencontrer : une question à laquelle nous ne sommes pas préparés, un public peu attentif, une émotion qui nous submerge…

    Puis de penser aux Plans d’actions que nous pouvons mettre en oeuvre pour pallier les obstacles : si l’on reprend les exemples précédents : noter la question et rappeler la personne ou lui envoyer un mail en s’engageant sur le délai de la réponse, faire preuve de bienveillance ou encore d’humour ou à l’inverse d’une fermeté bien amenée, oser exprimer une gène ou une incompréhension en choisissant des termes positifs et « non accusatoires ».

    En anticipant les différents scénarii, nous sommes moins fragiles et moins « cueilli(e)s » par l’inconnu. Nous sommes plus à même d’apprivoiser nos émotions sans nous juger avec sévérité.

    L’une des clés de la réussite d’une prise de parole est de s’autoriser à reconnaître ses émotions, tout en restant professionnel et conscient du message que l’on souhaite transmettre. Contrairement à ce que l’on peut penser, nos émotions ne nous « trahissent » pas. Bien au contraire ! Elles sont le reflet de ce que nous ressentons au moment même où nous les vivons. Il serait dommage et parfaitement contre productif de vouloir les « gérer ».

    Mes bonus pour aller plus loin…

    Regardez la conférence « Désobéir à la tyrannie des émotions » d’Ilios Kotsou. Un très bel exemple de congruence entre ce qui est dit et ce qui est vécu intérieurement…

    Regardez la conférence de Fabrice Midal « Mais au fond c’est quoi la méditation » sur sa définition de la méditation… où il est également question d’émotions…