Small Talk : Engager La Conversation, La Peur Du Vide

    Le small talk, parler pour… ne rien dire ?

    Parler de sujets du quotidien, de la pluie et du beau temps, du mariage du voisin ou encore du dernier projet en vogue dans votre entreprise, bref, savoir engager la conversation en contexte privé ou professionnel… tout cela « au débotté » et sans préparation, c’est ce que l’on appelle le Small talk. Et ce n’est pas si facile qu’on le pense. Lors d’une soirée, dans un ascenseur, au cours d’un séminaire, lors d’une réunion ou dans le parc où vous promenez vos enfants, il n’est pas toujours aisé d’aborder quelqu’un que vous connaissez ou avec qui vous souhaitez rentrer en relation, car il s’agit de trouver LE sujet qui lancera votre conversation.

    Le small talk diffère d’une prise de parole professionnelle (présentation powerpoint par exemple ou encore brief de ses équipes). Contrairement à une intervention qui aura été préparée, répétée, « calibrée », le small talk fait plus appel à l’improvisation, à l’instantané, à l’immédiat, à la spontanéité. C’est ce qui peut le rendre anxiogène. Comment trouver en effet le bon sujet pour rentrer en relation  en attendant votre bus ou encore avec le patron de votre entreprise croisé à la cafétéria ? Il est difficilement envisageable d’ignorer ces interlocuteurs et de passer outre. Les conventions sociales nous « obligent » à engager cette conversation ou à rebondir sans « fausses notes »… non sans appréhensions.

    Carole Fréchette, auteure québécoise d’une quinzaine de pièces de théâtre à l’écriture magnifique, engagée et pleine de fraicheur nous régale avec sa pièce « Small Talk » écrite en 2014 et publiée chez Actes Sud. On y découvre Justine, 25 ans, qui tente de sortir de son angoisse du vide et du « blanc » et de son appréhension à prendre la parole. A légitimer sa place.

    C’est avec grand plaisir que j’ai collaboré avec la compagnie de théâtre « En compagnie d’Arsène » et que j’ai commenté une lecture d’extraits de cette pièce dans les locaux des éditions Triartis (maison d’édition littéraire, ouverte à toutes les idées intempestives et créations originales, privilégiant la correspondance, le théâtre et les formes brèves) dans le cadre du festival « Quartier du livre » à Paris 5ème. Interprétée par des comédiens impliqués, cette lecture était également entrecoupée de morceaux de clarinette joués par Patrick Rozier.

    Ce fut l’occasion de s’interroger sur ces conversations légères et inévitables : Les leçons dispensées sur Internet pour « mieux communiquer » sont-elles pertinentes ?, Est-il nécessaire de « soliloquer » ou répéter chez soi pour prendre confiance et se sentir plus à l’aise en situation de small talk ? Faut-il engager un travail sur soi et se faire accompagner pour s’autoriser à plus de lâcher prise et d’écoute de l’autre afin de ne pas s’alourdir avec les injonctions de perfection que nous avons parfois tendance à mettre sur nos frêles épaules ?…

    Je ne vous donnerai pas aujourd’hui de conseils particuliers sur votre manière de communiquer en situation de « small talk ». Je partagerai simplement quelques réflexions de Justine issues du texte de la pièce : « Le blanc est en nous. Le blanc c’est le vide. Le vide fait partie du plein. Je veux dire, il y a pas de plein sans vide. Et il y a pas de conversation sans blanc. ça fait partie de la vie. C’est la respiration. C’est le mystère du monde. On a tous peur du vide, mail il faut l’accepter ».

    Alors, remplissez-vous de ce bienfait que peut procurer le vide, pour vous nourrir de votre humanité et acceptez de vous « laisser faire » par l’échange avec l’autre… C’est peut-être à ce moment que vous trouverez le sujet qui vous permettra de rentrer en relation avec justesse et authenticité. La belle présence d’un regard peut parfois suffire à déclencher une conversation, si « petite » soit t’elle. Sortons de la dictature du mode « faire » et du paraître pour savourer la plénitude et les bonheurs d’une relation qui donne toute sa place au mode « être ».

    La maison d’édition Triartis, basée 19 rue Pascal – Paris 5ème peut mettre à disposition son local pour des spectacles de qualité, des ateliers ou des conférences. C’est un petit lieu d’expérimentation très agréable à deux pas du quartier Mouffetard… Qu’on se le dise !