Nos intelligences sont multiples et nous pouvons les travailler et les consolider, voire les découvrir…

Recadrage
Je ne suis pas d’accord avec cette croyance qui consiste à penser qu’il y a des émotions « positives » et des émotions « négatives ». Cela sous-entend qu’il y aurait un « bon » comportement et un « mauvais » comportement face à ses émotions. Suis-je une inadaptée si je suis traversée par des émotions « négatives » ? Suis-je une personne recommandable et respectable si je suis mue par des émotions « positives » ? Qui détient le manuel du savoir-être émotionnel ?
Notre société capitaliste et marchande veut nous faire croire qu’il y a une norme à laquelle nous devons adhérer. Elle veut nous pousser à l’uniformité des sentiments, des relations, des émotions. Elle nous noie de conseils et autres « trucs et astuces » pour « gérer » ou « contrôler » nos émotions, pour « maitriser » notre émotionnel afin de ne pas sombrer dans ce qui serait le summum de la perte de contrôle : montrer notre vulnérabilité…
Les émotions « négatives » n’existent pas
Il n’y a pas d’émotions « négatives ». Cela n’existe pas. Il y a en revanche des moments de profonds inconforts et de désarroi, désagréables, voire douloureux et insupportables, parfois même insurmontables. Que nous racontent ses émotions ? Quels messages nous envoient-elles ? Que disent-elles de la personne que nous sommes et du contexte dans lequel nous nous trouvons ? Sommes-nous par exemple dans un environnement que nous considérons comme toxique avec tout ce qui s’anime en nous et le sentiment d’impuissance que cela peut engendrer ? Et devrions nous, en plus de ces constats qui nous malmènent et nous bousculent, réfuter et nier les émotions qui nous traversent sous peine d’être sanctionné car elles seraient « inadaptées » ?
Expérimenter dans notre être tout entier la colère, la tristesse, la honte, le désarroi, le sentiment d’impuissance ou d’injustice, la perte, la déception, la trahison… est l’inévitable chemin de notre propre existence. Celui qui nous relie au vivant qui est en nous et qui nous redonne du pouvoir d’agir. Penser un seul instant que ressentir ces émotions ou les éprouver serait mal ou signe de fragilité pathologique nous plonge irrémédiablement dans la double peine : le ressenti de l’émotion et la culpabilité de ce ressenti. C’est d’une grande violence. Qualifier les émotions de « négatives » c’est individualiser et normer ce qui nous traverse. C’est disqualifier et invisibiliser les climats de tension voire de harcèlement qui peuvent exister dans certains environnements, notamment professionnels.
Les émotions ‘positives’ n’existent pas non plus
Il n’y a pas non plus d’émotions « positives ». Cela n’existe pas. Il y a en revanche des moments de profondes exaltations, des moments de grâce, de plénitude, où nous nous sentons bien, où nous sommes traversé-es par des vibrations qui réjouissent notre corps et notre esprit, qui nourrissent notre for intérieur et nous connecte à la légèreté, à la simplicité, à l’authenticité, à une connivence toute particulière avec notre conception du bonheur, qui peut être tout simple.
Mise en garde bienveillante et partage de convictions
Je vous mets donc humblement en garde si vous vous dites qu’il faut que vous chassiez vos émotions « négatives » pour avoir exclusivement des émotions « positives ». Vous risqueriez de sombrer dans la loyauté toxique du bon petit « soldat » respectueux des règles dont l’ « efficacité professionnelle » et la « performance » seraient les seuls indicateurs. Je n’ai rien contre l’efficacité professionnelle ou la performance. Ce à quoi je prête attention, c’est à l’intention que l’on met derrière ses mots et aux injonctions qui peuvent en découler. Je veux bien être « efficace » et « performante » si on me laisse définir ce que cela représente pour moi, avec mon histoire, ma personnalité, mes valeurs, ma relation au travail ou à l’entreprise. Je veux pouvoir être efficace et performante AVEC mes émotions, y compris en ayant le droit de ne pas les exposer dans le cadre professionnel.
Nous sommes rentrés dans l’ère du « totalitarisme psychique » où ressentir nos émotions serait un signe de faiblesse et où nous devrions absolument nous « calmer » et ne surtout pas nous relier à nos émotions.
A contrario, exprimer devant un groupe l’état émotionnel dans lequel nous nous trouvons est devenu un passage obligé dans bon nombre d’entreprises (météo du jour avant de commencer une réunion, expression de ce que nous ressentons et de ce que cela nous fait dans des comités ou moments collectifs…). L’expression des émotions ne doit pas devenir un marqueur d’aptitudes psycho sociales. Cette exigence, voire injonction à exprimer ses émotions deviendrait alors un instrument de pression au service d’une « mise en conformité » qui serait une tentative d’ingérence émotionnelle qui n’a pas sa place dans le monde du travail.
Nos émotions sont là pour nous rappeler que nous pensons, nous éprouvons, nous expérimentons. Elles sont là pour nous différencier des robots ou du « pilotage automatique ». Elles font la différence avec l’intelligence artificielle, nouvel « eldorado » dans lequel les GAFAM s’engouffrent avec délectation. Elles sont une manière de combattre une uniformité normée et édictée comme le modèle à atteindre. Elles nous apprennent à embrasser une singularité revendiquée. Elles sont un rempart à l’absurdité, à la violence des relations humaines, à la haine de la différence. Elles sont une ode à la vulnérabilité, à l’authenticité, à la justesse de qui nous sommes pleinement et entièrement dans notre être profond. Elles sont non négociables parce qu’inévitables.
Ne tentons surtout pas de calmer nos émotions. Ne nous évertuons pas à les faire taire ou à les évaluer comme étant bonne ou pas.
Exprimons les uniquement si nous en avons envie et que le cadre de sécurité est posé.
Nous pouvons accueillir et faire respirer nos émotions. Nous pouvons nous écouter et nous aimer davantage, avec notre complexité, nos contradictions, nos paradoxes, nos croyances. Nous devons nous laisser tranquille, nous « foutre la paix », questionner notre rapport aux « dogmes ». Il en va de notre relation au monde et aux autres d’apprivoiser, construire et consolider notre singularité.
Pour une rébellion pacifiste
Il y a quelques jours, alors que j’étais dans le métro, mon regard s’est posé sur cette phrase écrite par Franketienne, poète, dramaturge, peintre, musicien, chanteur et enseignant haïtien : « S’il arrive que tu tombes, apprends vite à chevaucher ta chute. Que ta chute devienne cheval, pour continuer le voyage« … Il s’agit, avec les émotions, de se laisser traverser par elles, pour éprouver plutôt que lutter. C’est une des choses les plus difficiles qui soient, surtout quand l’émotion est vive et douloureuse, mais c’est indispensable. C’est un signe de rébellion pacifiste contre la dictature du calme, du culte du positif et de la sacro-sainte résilience dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée… 🙂
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