Je blog

Quels sont les impacts du syndrome de l’imposteur sur la vie professionnelle ?

Marie Verguet

- 2 juillet 2026

Consultante-formatrice certifiée Qualiopi · Coach . Communication interpersonnelle, prise de parole en public, leadership et assertivité . Facilitatrice en intelligence collective

Le syndrome de l’imposteur affecte la vie professionnelle en réduisant la prise de risque, en freinant l’évolution de carrière, en dégradant la santé mentale et en générant un surtravail compensatoire chronique. Ce phénomène psychologique, décrit en 1978 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes, touche des professionnels performants qui doutent en permanence de la légitimité de leurs réussites. Cet article, destiné aux managers, aux professionnels en poste et aux services RH, détaille les impacts concrets du syndrome de l’imposteur sur la carrière, la santé et le management, ainsi que les leviers pour les limiter.

Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ?

Le syndrome de l’imposteur (ou phénomène de l’imposteur) désigne un état psychologique dans lequel une personne compétente attribue ses réussites à la chance, au hasard ou à une erreur d’appréciation des autres, plutôt qu’à ses propres compétences. La personne concernée vit dans la crainte constante d’être « démasquée » comme incompétente, malgré des preuves objectives de sa réussite. Le concept a été formalisé en 1978 par Pauline Clance et Suzanne Imes dans une étude portant sur 150 femmes reconnues comme très performantes dans leur domaine.

Contrairement à une idée reçue, le syndrome de l’imposteur n’est pas un trouble psychiatrique répertorié dans le DSM-5. Il s’agit d’un schéma cognitif et émotionnel étudié en psychologie du travail, mesurable notamment via l’échelle de Clance (Clance Impostor Phenomenon Scale), un questionnaire de 20 items utilisé en recherche et en accompagnement professionnel.

Comment le syndrome de l’imposteur freine-t-il l’évolution de carrière ?

Le syndrome de l’imposteur augmente le niveau d’anxiété chronique, de stress et de rumination liés au travail, car la personne vit dans une vigilance permanente face au risque perçu d’être découverte comme incompétente. Cette vigilance constante active un état de stress prolongé, même en l’absence de menace réelle sur le poste ou la performance.

À moyen terme, ce stress chronique favorise l’apparition de symptômes dépressifs, de troubles du sommeil et d’une baisse de l’estime de soi globale, qui ne se limite plus au seul cadre professionnel. La difficulté à intérioriser les succès entretient un cercle où chaque nouvelle réussite, au lieu de rassurer, relance l’anxiété liée à la prochaine évaluation.

Le syndrome de l’imposteur provoque-t-il du surtravail et du burn-out ?

Le syndrome de l’imposteur pousse fréquemment à un surtravail compensatoire : la personne travaille davantage d’heures, vérifie son travail de manière excessive et refuse de déléguer, dans l’espoir de compenser un sentiment d’incompétence perçu comme réel. Ce mécanisme, documenté dans plusieurs travaux de psychologie organisationnelle, agit comme une stratégie d’évitement du jugement négatif plutôt que comme une réponse rationnelle à une charge de travail objective.

Ce surtravail chronique constitue un facteur de risque reconnu de burn-out, car il maintient un niveau d’activation physiologique élevé sans période de récupération suffisante. Le paradoxe est que la performance obtenue par surtravail renforce temporairement la crédibilité de la personne aux yeux des autres, tout en aggravant son propre sentiment d’imposture, puisqu’elle attribue ce résultat à l’effort fourni « pour compenser » plutôt qu’à une compétence réelle.

Comment le syndrome de l’imposteur affecte-t-il le management et les équipes ?

Un manager touché par le syndrome de l’imposteur a tendance à sur-contrôler le travail de son équipe, à retarder ses décisions par peur de se tromper publiquement, et à éviter de déléguer des missions stratégiques. Ce style de management, parfois qualifié de « micromanagement défensif », est une conséquence directe du besoin de garder une maîtrise visible sur chaque tâche pour éviter toute exposition à la critique.

À l’inverse, un collaborateur touché par le syndrome de l’imposteur communique rarement ses difficultés à sa hiérarchie, par crainte que cela ne confirme son incompétence perçue. Cette rétention d’information prive l’équipe de signaux d’alerte précoces, ce qui peut retarder la détection de problèmes opérationnels ou de surcharge de travail.

Quels sont les 5 profils du syndrome de l’imposteur au travail ?

La chercheuse Valerie Young, dans son ouvrage The Secret Thoughts of Successful Women (2011), a identifié cinq profils types de syndrome de l’imposteur observés en contexte professionnel. Cette typologie est aujourd’hui largement utilisée en coaching professionnel pour adapter les stratégies d’accompagnement.

Profil Comportement caractéristique Impact professionnel principal
Le perfectionniste
Fixe des standards irréalistes, vit chaque petite erreur comme un échec
Procrastination, épuisement, incapacité à livrer un travail jugé « fini »
L’expert
Estime ne jamais en savoir assez, évite de postuler tant qu’il ne maîtrise pas 100 % du sujet
Sous-candidature, formation continue excessive et non finalisée
Le soliste
Refuse de demander de l’aide, associe la demande d’aide à un aveu d’incompétence
Isolement, surcharge, sous-utilisation des ressources d’équipe
Le super-héros / la super-héroïne
Travaille plus que ses pairs pour prouver sa légitimité dans tous les domaines à la fois
Risque élevé de burn-out, déséquilibre vie professionnelle/personnelle
Le génie naturel
Juge sa valeur à la rapidité et à la facilité avec laquelle il réussit une tâche
Abandon dès qu’une compétence demande un apprentissage lent ou difficile

Comment limiter l’impact du syndrome de l’imposteur sur sa carrière ?

Cinq leviers concrets, régulièrement mobilisés en coaching professionnel, permettent de réduire l’impact du syndrome de l’imposteur sur la carrière :

  1. Documenter ses réussites de manière factuelle (retours clients, résultats chiffrés, projets livrés) dans un journal de bord consultable lors des moments de doute.
  2. Distinguer le fait de l’interprétation : séparer un événement objectif (un projet livré en retard) de l’interprétation qu’en fait la personne (« je suis incompétent »).
  3. Verbaliser le doute auprès d’un tiers de confiance  (manager, mentor, coach, collègue en qui on a confiance) plutôt que de le garder pour soi, afin de réduire l’isolement.
  4. Recourir à un cadre structuré, comme un accompagnement en codéveloppement professionnel ou un coaching individuel, pour objectiver la perception de compétence à partir de retours croisés.
  5. Normaliser le doute comme signal, et non comme verdict : le doute peut indiquer une zone d’apprentissage légitime plutôt qu’une preuve d’incompétence.

Mini FAQ – Réponses à vos questions

Le syndrome de l’imposteur touche-t-il davantage les femmes ?

Les premières études, dont celle de Clance et Imes en 1978, portaient exclusivement sur des femmes, ce qui a longtemps orienté la perception du phénomène comme majoritairement féminin. Des travaux ultérieurs, dont la revue de Sakulku et Alexander (2011), montrent que le syndrome de l’imposteur touche des hommes et des femmes dans des proportions comparables, bien que son expression et les stratégies de compensation puissent différer selon le genre et le contexte organisationnel.

Le syndrome de l’imposteur est-il un trouble psychiatrique reconnu ?

Non, le syndrome de l’imposteur n’est pas répertorié comme trouble dans le DSM-5. Il s’agit d’un schéma cognitif et émotionnel étudié en psychologie du travail, mesurable par des outils comme l’échelle de Clance, mais qui ne constitue pas un diagnostic clinique à part entière.

Un manager peut-il repérer le syndrome de l’imposteur chez un collaborateur ?

Oui, certains signaux sont observables : demandes répétées de validation avant de livrer un travail déjà solide, refus systématique de compliments, sur-préparation disproportionnée par rapport à l’enjeu réel, ou difficulté à évoquer ses propres réussites en entretien. Ces signaux ne suffisent pas à eux seuls à confirmer un syndrome de l’imposteur, mais justifient un échange individuel pour objectiver la perception de compétence du collaborateur.

Le syndrome de l’imposteur disparaît-il avec l’expérience ?

Pas nécessairement. Certaines études, dont celles menées auprès de professionnels seniors et de dirigeants, montrent que le syndrome de l’imposteur peut persister ou réapparaître à chaque changement de poste, de niveau hiérarchique ou de secteur, car chaque nouveau contexte réactive le sentiment de devoir refaire ses preuves.

Ce que permet un accompagnement en coaching sur le syndrome de l’imposteur

Travailler le syndrome de l’imposteur en accompagnement individuel, c’est disposer d’un espace pour examiner des situations professionnelles réelles (une négociation salariale évitée, une candidature abandonnée, une prise de parole redoutée) et identifier précisément ce qui active le doute : l’origine du schéma, les déclencheurs récurrents, le profil dominant parmi les cinq décrits par Valerie Young, et les stratégies de compensation devenues coûteuses (surtravail, sur-contrôle, isolement).

Un coaching centré sur la confiance en soi et le développement professionnel permet de reconstruire un rapport plus juste à ses propres compétences, à partir de retours objectivés plutôt que d’une auto-évaluation biaisée par le doute. Cette démarche est particulièrement pertinente lorsque le syndrome de l’imposteur coïncide avec une prise de poste, une promotion ou un changement de secteur — des moments où le sentiment de devoir « refaire ses preuves » est le plus intense.

Pour passer à l’action

Si vous vous reconnaissez dans ces situations (difficulté à nommer votre valeur ajoutée, tendance à minimiser vos réussites, surtravail pour « mériter » votre poste, appréhension à négocier ou à prendre la parole en public) ce travail peut se faire de manière structurée et ancrée dans vos réalités professionnelles, en coaching individuel ou dans un cadre collectif comme un séminaire confiance en soi.

Pour aller plus loin

Mes articles de blog

Les accompagnements qui peuvent vous intéresser

Contactez-moi pour un premier échange confidentiel